Les mille et un pasteurs escrocs

Eglise. Crédit: blogchrétien.org
Eglise. Crédit: blogchrétien.org

Le boom des églises nouvelles tape à l’œil. En Afrique, surtout au Togo, autant le chômage importune la population, autant des idées ingénieuses -mais devenues moins originales- d’entrepreneuriat éclosent. Des demandeurs d’emploi de jadis deviennent presto des hommes de Dieu, des pasteurs et des patrons. De la « révélation » en un premier temps, on arrive à l’escroquerie pour la fin des temps : entre ces deux principes de gouvernance pastorale d’aujourd’hui, les nouveaux saints s’offrent un destin que les médias participent à forger.

Il y a au Togo et en Afrique, ces entreprises, des startups en réalité, qui ont juré ne travailler qu’avec une seule matière première, aussi intarissable que gratuit, toujours opérationnelle : l’esprit saint. L’apocalypse l’a déjà prédit. A la fin des temps, les faux prophètes devraient faire apparition et pousser comme des champignons. Le constat, c’est qu’en réalité ils sont comme du « miel non pur » qu’on s’applique à trouver dans les boutiques. Cela existe en réalité, sinon il n’existe que ça, mais on ne présente que le contraire.  Ces mitoyens se veulent mieux que ça.  Des zozos chefs d’entreprises, de vrais potentats derrière les rideaux en réalité, qui maîtrisent l’art de la démagogie et ânonnent à longueur d’un culte, des versets qui n’incitent qu’à se dépouiller au dépens de « Dieu ». L’existence duquel Dieu devient un secret jalousement gardé par ceux-ci, et dont l’intermédiaire ne peut être assuré que par eux. L’autre constat, c’est qu’ils s’érigent dans la plus part des cas, en véritables mercenaires impérialistes, des protecteurs de valeurs chrétiennes et qui ne vivent que de cet art. L’ennui avec ces « puissamment oints », ce qu’on croit souvent blasphémer en parlant d’eux, mais en réalité, on ne fait que les peindre. Quitte à s’approprier parfois, souvent au bout d’un rébus, des titres honoris causas tels : Diacre, Prophète, Révérend.  Et comme il est de la nature même du  serpent de ne manœuvrer qu’en rampant, il est aussi dans leur nature de ne manipuler qu’en prêchant. Encore trop loin de l’auto flagellation, ces « hommes de Dieu » sont également organisateurs des parties d’escroqueries, avec pour avantage, le don du marketing dans l’ADN.

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Missi Dominici

Dans la première vie, « ils sont souvent là, errant et se plaignant du chômage et de la pauvreté » ironise un sexagénaire vivant à Agoè (nord de Lomé), qui a vu naître autour de lui, 6 églises différentes en moins de 10 ans. Par après, de vrais copurchics, bien huppés en 4*4 et s’offrant une vie de haut standing, un bling-bling que tout autre, même des multinationales,  peuvent leur convoiter. Vivant à la sueur des fronts des fidèles, secret de Polichinelle, ces hommes de Dieu sont souvent connus pour n’avoir ni fait de longues études, encore moins touché la théologie du doigt. Pourtant, ils inspirent  confiance de par leur capacité à ne guérir et faire trembler qu’avec leurs mains.  Business de pointe, beaux flatteurs, ils ne vivent bien évidemment qu’aux dépens de ceux qui les écoutent. En général, des femmes. Une cible bien choisie. Vulnérable dans ce sens, qui obéit plus facilement. Quelques fois, leur charisme leur vient de leur humeur, le plus souvent énergique et agitée voire surexcitée. La langue anglaise quant à elle, leur devient un passage obligé a moins de n’être prophète que chez soi. Apte à jeter des sorts, sur  tout ‘mauvais esprit’ au constat d’un moindre acte de lèse-pasteur. On ne parle pas d’eux, faute d’avoir le cran ou de matières probantes. Le plus paradoxal, diagnostique un autre qui se veut athée, c’est qu’ils sont prêts à prier pour la richesse des fidèles afin qu’ils cotisent par après plutôt que de le faire à même pour l’église.

Crédit: Afrimag
Crédit: Afrimag

Quatre à cinq cotisations en moyenne, ayant chacune, un nom, une mission, semble-t-il. Dîmes –qui deviennent des engagements hebdomadaires-, don aux pauvres, construction d’un temple digne du « Seigneur », cotisation pour l’évangélisation via les médias…

En 2011, le conflit entre les frères dirigeants d’une même entreprise a fait écho à Tsévié (ville située à une quarantaine de km de Lomé). Selon les témoignages d’Edwige, une jeune fille qui n’a pas encore perdu ce réflexe de se targuer d’être les premiers à louer ce nouveau dieu, le conflit était lié aux cotisations. En réalité, un homme beaucoup plus perspicace reconnait-elle, avait relevé le problème de moult cotisations qu’ils font lors d’un seul culte de dimanche. Quatre à cinq cotisations en moyenne, ayant chacune, un nom, une mission, semble-t-il. Dîmes –qui deviennent des engagements hebdomadaires-, don aux pauvres, construction d’un temple digne du « Seigneur », cotisation pour l’évangélisation via les médias… Un système purement mercantile, qui n’échappe pas au contrôle du jeune sage. C’est alors quand il dénonce un culte à Mammon, que les problèmes sont survenus, allant des clashes entre les deux parties antagonistes jusqu’à la division à la tête de ce startup familial.

L’art des marketeurs

Le verbe est leur premier atout. Le mode impératif n’en est pour rien. L’urbanisation qui fait montre d’un caractère disparate de la cible idéale, cette population à majorité femmes opulentes, exige de ces marketeurs, un préalable de casting. Objectif : les localiser ; c’est le premier jour dans leur genèse. « Ça part de la construction d’une baraque, remplie de bancs, puis on cherche les outils indispensables : haut-parleurs, des instruments musicaux et hop, c’est lancé ». Les cultes sont souvent organisés chaque jour. De lundi à dimanche. Groupe de prières, armée de midi, culte de dimanche…, tout pour occuper toute une semaine avec pour chaque fois, des appels de fonds.

Mais diantre pourquoi ces mortels s’appauvrissent-ils au dépens d’un autre ?

Quand on remonte au livre sacré qu’est la Bible sur la référence duquel ce business fonde ses divins principes, les soubassements sont assez vagues, mais l’esprit lucide et averti des uns les rendent facile à interpréter : « Un homme comblé est plein de bénédiction mais celui qui hâte de s’enrichir ne reste pas impuni », trouve-t-on dans les lignes du livre des Proverbes 28, au verset 20. La méditation fréquente, sinon quotidienne d’une telle citation parfois dressée au verso des enveloppes remis aux fidèles pour les quêtes donne souvent de la chair de poule aux  profanes, et les non-initiés aux règles du jeu. Pour qui la seule hantise est la vie de l’au-delà comme promise à ceux qui obéissent docilement aux principes célestes, ce verset, comme beaucoup d’autres plus poignants, sonne comme le glas d’une éternité sans précédente. « Tu ne te présenteras pas devant ton Dieu les mains vides » Exode 23, 15  ou encore « celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses n’en profite pas. C’est encore là une vanité » Ecclésiaste 5, 10.  « Le Seigneur n’a-t-il pas dit à Zachée que s’il veut être sauvé au dernier jour, qu’il donne tous ses biens au pauvres ? » se défendent-ils bien souvent, en jouant pour la même circonstance comme les one-man-show, le même rôle.

Au même moment, ils ne se contentent pas que des cotisations lors des cultes. L’appétence fort peu modérée de ces nouveaux saints exige d’eux, d’autres mécanismes de revenus connexes. C’est ainsi qu’on voit à Lomé, des audiences de pasteurs payantes, 5000 FCFA la visite. De même la vente de certains ustensiles utiles pour se protéger et combattre Satan : des ciseaux et lames pour déchiqueter la peau cet esprit malveillant, après bien entendu l’avoir ligoté  avec des ficelles, qui, elles-aussi, ne coûtent pas rien. Des scènes souvent drôles, à l’image des fictions de Louis Funès. Si ce n’est cela, ce sont des excursions organisées sur le pays des merveilles, des cités ointes, des voyages bénis sans lesquels tout autre effort pour l’accession au paradis reste vain, jurent-ils.

Fétichisme d’un Dieu moderne

« Frères croyants, ‘Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et les perditions’, 1 Timothée 6,9 » est ainsi gravé en lettres d’or, sur un tableau à l’autel d’une église. Si le christianisme se veut une religion monothéiste, force est de constater aujourd’hui une perdition des valeurs judéo-chrétiennes. Le Dieu n’a qu’un nom, évidement, mais plusieurs faces. « Au début, ils gèrent seuls leurs choses, et c’est après la  bénédiction de Dieu sur leurs femmes qu’elles intègrent aussi le groupe restreint de patrons pour devenir ‘mère des femmes de l’église’ », témoigne Alexandre.

Relais des impérialistes, ces pasteurs s’approprient les « tacts » que le roi Belge Léopold 2 recommandait à ses missionnaires. Évangéliser certes, mais alimenter les poches de la métropole aussi, de même qu’ « interpréter l’évangile de la façon qui serve le mieux l’intérêt » des pasteurs, de telle sorte qu’à dire « Heureux les pauvres car le royaume des cieux leur appartient » ; ou « il est plus difficile à un riche d’entrer au ciel qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille ». A l’art du marketing qu’ils improvisent parfois ou domptent carrément, s’ajoute ainsi celui de la psychologie.

Ces pasteurs ne gardent pas les frics avec eux à la maison

Quand Alexandre les côtoie, il a appris à les connaitre. Il en témoigne : «  Ils sont très riches. Au début, la plus part d’entre eux venaient ici sur zed (Taxi moto). Il a suffi quelques années pour qu’ils aient de jolis Toyota. Ces pasteurs ne gardent pas les frics avec eux à la maison. Pour une raison que je ne maitrise pas, ils gardent très rarement leurs bénéfices à la banque aussi. Peut-être par peur qu’un fidèle travaillant là-bas le découvre ? Possible. Mais ce que je sais, c’est qu’ils préfèrent convertir l’argent en biens, surtout  l’immobilier : ils s’achètent des maisons, des terrains, des hôtels… De grands propriétaires terriens, ils détestent quand-même la banque ». C’est peut-être pour échapper à des scandales comme,… le Panama Paper’s.

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