Instant d’amour avec une inconnue

Dans la salle d’attente timidement éclairée comme dans une garçonnière, je trouve une place. En attendant mon tour. J’ai fait le déplacement pour un casier judiciaire. J’étais à la Justice.

Il est 11h. La faim menaçait mon corps. La chaleur dans cette pièce semblait préparer aux geôles. Je retroussé mes manches, mis mes écouteurs, et me les fit servir quelques morceaux dont je n’ai en réalité plus souvenance. Plongé un peu en moi, l’esprit naviguant à vue. Qui n’a duré que quelques unités de minutes. Je levé la tête. En face, dans la mêlée d’autres personnes devant moi, une jeune demoiselle. Jeune, une nouvelle bachelière je devine. Elle était avec un garçon, visiblement moins jeune qu’elle. Un frère, un ami ou un petit-ami, je ne sais pas. Le temps de l’apprécier, nos regards se croisent. Surpris dans mon action dont moi seul portait l’émotion. Je rabaisse la tête, et je replonge mes écouteurs entretemps vacants. Ça ne put passer, j’ai photographié la fille. Ma mémoire commence à analyser le nouveau fichier. Un processus troublant, le disque dur est surement atteint. Agir immédiatement au risque d’en dépendre plus tard.

Des prunelles rondes, blanches au travers desquelles je reflétais…

Le temps de feindre le préoccupé, je relève la tête. Seconde tentative. Elle me lorgnait aussi en réalité. Le jeu prend une allure impressionnante. Ça devrait davantage l’être si l’inconnue était seule. Elle me regarde trois secondes et me sourit. L’instant de réflexion m’échappe. En ma mémoire innocente, seul ce visage doux a sa place. Des prunelles rondes, blanches au travers desquelles je reflétais. En deçà de paupières enchanteresses.  Au sein de ces prunelles, siège une rétine bien ébène. Dans ces prunelles, des foudres, de la lumière, une étoile flamboie. Revolver. Un nez pointu, inspirant le bonheur. Une bouche, celle qui prononce le verbe « aimer ». Les lèvres huileuses, celles qui ont déjà mangé ce matin-là. Les tresses naturelles, nostalgiquement bouclées. Impression de parfaite simplicité. Des mains qui pouvaient me caresser sans toucher. Le teint, preuve parfaite d’une belle éducation de base. Pas de dépigmentions. Pas de pommade. Du moins, apparemment. Unicolore, qui tire sur le noir, sans pourtant l’être totalement. Et son sourire, civilisé, gentil, aimable, fort convenable et respectueux de sa propre image, qui se limitait aux coins arrondis des lèvres. Mon inconnue était en simple T-shirt. Jeans noir, chaussures… ? Je ne suis pas arrivé jusque-là. Prisonnier volontiers d’une frimousse qui ne pouvait que rendre jaloux, une fois qu’on la possède. Une taille débitée à mon aise, se prêtant en ma forme. Charmante silhouette d’environ 1,75m. Forme mi svelte, mi moyenne. Le derrière ? Ne vous ai-je pas dit qu’elle était assise ? Néanmoins ce n’est probablement pas une callipyge. Qu’elle ne puisse se réclamer une Minaj !  Elle devrait juste être une dodue. Simple. Et très bien.

Entretemps, elle a cassé le rythme, démoli tout ce formidable construit…

Que l’idée est si rapide. Il faut agir. Prendre au moins le numéro, peut-être l’enregistrer avec comme nom, Inconnue. Le reste m’est égal. Internet aidant. Mais dans cette pièce qui laisse l’impression d’à peine jour, au moins une douzaine d’autres yeux sont braqués sur nous. L’accompagnateur de mon inconnue semble plonger dans son subconscient. Elle me lança encore un sourire. Fatal. Mais prétexte se concentrer sur son téléphone. L’occasion de lui offrir mon premier sourire. Pas celui que mes amis de chaque temps peuvent aisément décrire. Celui qui laisse un parfait portrait de ma physionomie. Suis-je assez beau pour séduire à coup d’impression, de jeu de mimiques et de clin d’œil, une telle fille ? En tout le jeu semble marcher. L’instant se prolonge, les  sourires deviennent synchrones. Entretemps, elle a cassé le rythme, démoli tout ce formidable construit, en posant son bras sur son accompagnateur. Entretemps, elle lui a fait des confidences. Les deux se sont regardés, comme des amants, et ils ont ri ensemble. Puis, réorienté les regards en face. C’était sur moi. Mais je crois qu’on s’admire elle et moi. Même si peut-être elle est avec son petit-ami.  Son visage est trop accrocheur. A regarder de près ses lèvres, je crois qu’elle murmure quelque chose. Son nom, un numéro ? Maudite salle d’attente, où les rayons de l’astre du jour n’a pas droit de cité. Le noir. Rien à deviner. Profonde attention, cela pourrait servir. Dans le secret de mes entrailles, la mayonnaise a pris. Le temps de finaliser (peut-être) le processus…

L’inconnue est partie là d’où elle vient

Innocent… A bramé une voie derrière moi.  C’était malheureusement mon tour chez l’agent. Le temps de précipiter ce dernier afin qu’il me serve le plus promptement possible, et de sortir, dix minutes m’ont échappé. L’inconnue est partie là d’où elle vient. D’où en réalité ? Je ne sais pas. L’instant de comprendre qu’on n’était pas là pour le même besoin. Elle est surement avec le juge d’instruction. La salle d’attente était en fait unique. L’instant de regretter son départ et de remémorer ce bref moment d’amourette partagé entre ma complice inconnue et moi. Le soleil est au Zénith, le temps est beau. Il vient de sonner 12 heures.

Et le reste n’est plus qu’une image, un fil de brefs instants. Jalousement gardé dans mes Mémoires. Qui devient de plus en plus flou. Les heures rongeant !

10 thoughts on “Instant d’amour avec une inconnue

  1. Vaut mieux la laisser dans ta mémoire et ne plus la revoir.
    Mais que c’est bien écrit. Si elle le lit, elle voudra faire un tour avec toi au paradis.

  2. Moi, personnellement j’ai lu avec grand intérêt et le coeur à la joie. le style m’a « tchakalisé ».

    PS: retrouve la go hein, et continue moi l’histoire. [rires…]

  3. la go, il ne faut pas la perdre de vue définitivement. car je vois et c’est à mon humble avis que tu l’affectionne.et peut être qu’elle aussi t’affectionne.
    le récit mérite de continuer et d’aller jusqu’au bout.
    je ne peux que te féliciter et te dire courage frèro…

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