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15 Octobre 2016, Lomé. L’arrivée de cinq chefs d’Etat, qui s’ajoutent aux 12 autres accueillis depuis la veille, est bon signe pour le sommet de Lomé. Un sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique. Une rencontre d’experts et de délégations d’une trentaine de pays sur le sujet, aboutira à quelques heures plus tard, à l’adoption d’une charte qui porte le nom de la capitale Togolaise : la charte de Lomé. Un travail de longue haleine, qui a coûté au Togo. Pour quels résultats ?

A l’évidence : ce sommet a été une grande opportunité pour le Togo, face à l’Afrique. En préparatifs de ce sommet, le Togo a pris environ deux ans pour tracer les routes de Lomé, aménager les artères de la capitale. Le Togo a construit des bassins de rétention d’eaux dans certains quartiers inondables. Des biens qui resteront en effet toujours exploitables. A l’évidence, ce sommet a permis au Togo, de réaménager son unique gratte-ciel, l’hôtel Radisson Blu 2 Février. Et la charte de Lomé, une charte sur la sécurité et la sûreté maritimes, la première du genre dans le monde se voit fortement attachée au Togo. En effet, l’adoption de cette charte est un point positif pour l’Afrique, qui a besoin d’instruments et de législation (a priori) forts pour accompagner son développement.

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S’asseoir confortablement et suivre en direct de bout en bout la retransmission de ce sommet depuis le début pour l’analyser. Méditer et se rendre compte du paradoxe. L’invraisemblance des choses. Constater que le Nigeria s’est fait représenter par son vice-président. Et la Somalie, berceau de la piraterie dans le Golfe d’Aden, par son Premier-Ministre. L’Egypte, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie, la Tanzanie, disposant des plus grands ports du continent, et par ricochet ayant une grande activité maritime, n’ont guère été représentés par leurs présidents ou chefs de gouvernement, mais ‘juste’ par des délégations.

De fait, le Nigeria est une des grandes puissances économiques du continent, sinon la plus grande. Il se trouve qu’il est également le pays le plus menacé par la piraterie maritime en Afrique. Et sans se tromper dans le monde. Victime qu’il est devenu après le repos des pirates dans le golfe d’Aden. Logiquement, il revenait à cet Etat de prendre une telle initiative. Le Nigeria qui avait d’ailleurs les ressources nécessaires pour organiser en très peu de temps, ce sommet.

Se rendre compte également que le Sénégal, pays très touché par la pêche illicite, a préféré ne pas signer cette charte. Et pour son Président Macky Sall,  « il y a des anomalies et équivoques dans le projet de charte ».  « La délégation Sénégalaise soumettra des observations dans un document que nous soumettrons ensuite au Secrétariat » ajoute le président Macky Sall, après un exposé univoque et clair sur les ‘erreurs’ dans la charte qui lui a été proposée.

Le Cameroun manifeste également un dégoût en évitant de signer. Mais pas que. Dégoût également manifesté à travers la qualité du chef de délégation envoyé : le ministre de la Justice. Alors que ce sommet est censé être une continuité de la rencontre de Yaoundé tenue en 2013 sur le même sujet. Rencontre ayant plutôt abouti à un code de conduite. L’île Maurice également qui balisait la voie de cette charte, avec une rencontre organisée récemment sur le sujet, pensait-on devait vanter ce produit de Lomé. Mais au contraire…

La Côte d’Ivoire signe avec réserve, en promettant de revenir sur les contenus de l’accord.

Au total, les États n’ayant pas signé : Algérie, Botswana, Cameroun, Djibouti, Érythrée, Égypte, Éthiopie, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Sénégal, Afrique du Sud, Soudan du Sud, Swaziland, Ouganda, Zambie, Zimbabwe

En bref, la charte a été adoptée bien entendu, mais il reste encore sa mise en application. Chose, visiblement moins aisée.

Clairement, c’est un pays qui a vu le dernier acte de piraterie sur sa côte il y a au moins trois ans, qui décide d’accueillir un sommet extraordinaire. Initiative financée exclusivement donc par celui-ci à des milliards de francs CFA. Alors même qu’il est  possible de proposer cette charte lors d’une session ordinaire de l’UA.

Trop point n’en faut ! De près, ce sommet a plus servi à faire une belle communication sur le Togo. Refaire (pour tant soit peu) l’image du pays. Un Togo plus connu à l’extérieur par les grèves et des manifestations d’humeurs, soit par l’opposition politique, les travailleurs, ou encore les étudiants.

Le premier ayant d’ailleurs décidé, de boycotter cette rencontre, et d’organiser à sa manière, un contre-sommet. Le second, des chauffeurs recrutés pour l’événement, qui manifestent et réclament leurs ‘dividendes’. Après seulement 4 jours du départ des invités…

Mais alors, à qui profite vraiment la sécurisation des océans en Afrique ? Un continent sur lequel les ports sont majoritairement gérés par des étrangers ?

Au Togo, à qui profite ce sommet ? A un parti politique qui sent le besoin de créer une nouvelle dynamique au pays, autres que les manifestations ? A une population à laquelle, visiblement, les enjeux maritimes importent peu ? Auxpêcheurs togolais ? Ou à un étranger, au nom duquel un certain Le Drian peut juger bénéfique son déplacement pour ce sommet, comme … Bolloré ?

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